Carnet de route

Val d'Aoste 2017 - Une semaine de rando.

Sortie :  Val d'Aoste du 30/07/2017

Le 05/08/2017 par Jean-François Fustec

 

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Torrent     -     Depuis le parking de La Joux - commune de La Thuile - notre groupe de douze se met en jambes en remontant le long du torrent Ruitor, dont les eaux gris clair sont gonflées par la fonte rapide du glacier du Ruitor. Il fait chaud, on apprécie la belle forêt de mélèzes.

Cascades    -     Nous en verrons beaucoup. Le Ruitor nous en offre trois de plusieurs dizaines de mètres, avec bouillonements forcenés et parfois brumisation. C'est donc en musardant que nous gravissons les premières centaines de mètres de dénivelé, jusqu'à ce que nous arrivions dans les alpages, vers le Plan de la Lière qui accueille moutons et pêcheurs.

Orage    -     Ô désespoir, la météo se confirme : les nuages noirs sont là. J'invite les meilleurs marcheurs à partir devant, lorsque la pluie survient. Pas d'hésitation, tout le monde s'équipe, avec quelques ratés : un sur-sac qui s'envole, un surpantalon immettable sans enlever les chaussures. Pendant une demi-heure, Zeus nous fait une grande scène : tonnerre, pluie battante, rafales de vent, grésil. Comme un coach sportif, je pousse mes brebis tétanisées.

Refuge    -     Le riffugio Deffeyes remplit totalement son rôle ce soir. Les premiers ont été à peine mouillés, les suivants ont vécu l'instant magique où le beau gardien sort à leur rencontre en proposant son aide, les derniers arrivent rincés et hébétés. Heureusement le refuge est chauffé et les chaussures seront sèches au matin.

Minestrone et polenta    -     Le standard des repas s'annonce dès le premier soir. Gardien sympa, dortoir un peu serré, gaspillage d'électricité comme si on était à l'hôtel. La pluie s'est arrêtée et nous ne la retrouverons plus de la semaine, mais nous garderons dans les sacs toutes les protections. Le glacier du Ruitor émerge du brouillard et domine le paysage.

Aube    -     Debout à 6 heures, par crainte d'un retour d'orage en après-midi. Départ en randoentre brume et grisaille. Nous croisons deux trailers qui ont crapahuté toute la nuit, en montant depuis Pré Saint-Didier, mais qui ont ramassé des chanterelles, un paradoxe pour moi.

Lacs    -     Lac du Ruitor, au pied du refuge, lac gris, lac vert, lac dans la roche, le secteur est un ensemble de cuvettes proches mais à des altitudes différentes, en étages.

Moraine    -     Le sentier vers le col est bien net. Au-dessus des lacs, l'alpage a cédé la place à la caillasse, sur la moraine du glacier que nous admirons très près de nous. Puis la croupe s'amenuise pour nous imposer de passer dans la falaise.

Chaines    -     Des sécurités métalliques complètent le rocher mais ne rassurent pas tout le monde. C'est un passage facile, mais avec du "gaz" en dessous : un pierrier pentu et le glacier en terrain d'atterrissage. Au-delà, tout va bien, sauf que nous ne sommes plus que onze, P. étant parti en éclaireur sans rien dire ; on le retrouvera bientôt, ça met juste un peu de crispation dans l'air.

Blocs    -     Une longue montée dans des blocs, de plus en plus pentue, nous amène au col de Planaval. La vue de l'autre côté est malheureusement bouchée par le brouillard, mais l'objectif est atteint, la traversée n'est pas au programme. La redescente dans les blocs fait apprécier les semelles Vibram. Re-pierriers, re-passages chainés.

Lac (re)    -     Une petite étendue d'eau dans un creux de moraine accueille notre pause casse-croute, avec le reflet du Ruitor et le soleil bien installé. Le retour se fera par une variante très vaguement marquée de cairns, d'abord sur des dalles, puis des blocs, enfin l'alpage autour du lac Supérieur. On se repère tant bien que mal par la pente entre les mamelons.

Chapelle    -     Arrivés au refuge Deffeyes où nous passerons une deuxième nuit, certains repartent visiter San Margerita, petite chapelle sur un promontoire.

Belote et bémol    -     Partis tôt, nous sommes rentrés tôt. Pour occuper la fin d'après-midi, certains prennent des cours de belote, d'autres de musique.

Variante    -     Au matin du troisième jour, je change un peu le programme pour varier les sentiers et allonger l'étape de redescente. Nous partons par la chapelle, puis descendons par des passages cordés en contournant la montagne par l'est. Dans une gorge, nous voyons notre première marmotte, un solitaire qui nous observe tranquillement par-dessus le ravin.

Moutons    -     Nous arrivons à l'extrémité est du Plan de la Lière et ça mérite une pause. Un joli coin agrémenté de moutons, gardés par un berger. Nous redescendons par la rive gauche du torrent Ruitor, en traversant par une grande passerelle, à mi-hauteur d'une immense chute d'eau qui nous brumise fortement. Tout le sentier est très humide et glissant.

Ravitaillement    -     Au parking on reprend les voitures pour La Thuile où nous achetons la nourriture pour les jours suivants. Pique-nique au bord d'un grand torrent et transfert vers la vallée de Valsavarenche.

Hostellerie    -     Le posto tappa - gite d'étape - est l'Hostellerie du Paradis à Eau Rousse, vieux village réhabilité. Nous avons deux dortoirs, en formule demi-pension au restaurant. Après-midi repos. Le soir, vrai restaurant, service par des jeunes en tenue noir et blanc, et petit discours du patron, un faux débonnaire qui nous parle de la résistance antifasciste, de son oncle qui a construit le refuge Chabod, de ses problèmes avec les syndicats.

Buffet    -     Ce matin du quatrième jour le petit-dèj' en mode buffet est royal mais le patron nous trouve un peu gloutons pour le prix du dortoir. Nous prenons la route pour organiser une navette de voitures jusqu'au Breuil, énorme parking au fond de la vallée, base pour le refuge Victor Emmanuel II.

Royal    -     Le premier roi d'Italie aimait venir faire des carnages de bouquetins. Est-ce à lui qu'on doit ce sentier si bien tracé ? Le large chemin s'élève très régulièrement et les 900 mètres de dénivelé pour atteindre le refuge s'avalent comme une assiette de spaghetti. Au-dessus la superbe montagne nous nargue : ce n'est pas le Grand Paradis mais le Ciarforon.

Balcon    -     Après la pause, nous traversons par un sentier faussement en balcon ; en fait il monte et descend, tantôt dans l'alpage, tantôt dans des blocs, mais très agréable sous le soleil. De solides ponts nous permettent de passer les torrents, à mon soulagement : ils ne figurent pas sur ma carte IGC, et ces torrents seraient infranchissables à gué.

Vue    -     Peu à peu le Grand Paradis se dévoile dans sa majesté, un peu plus à chaque détour de sentier. Nous arrivons au refuge Chabod, 2750 m, 150 places, autre camp de base pour l'alpinisme, où nous dormirons ce soir. C'est la plus belle vue sur cette montagne culminant à 4061 m.

Chamois    -     Le cinquième jour nous redescendons de Chabod et voyons de jeunes chamois venus brouter les plantations d'arbres dans un secteur en reboisement. Plus bas, le sentier est très construit, avec murettes et pavements en pierres plates plantées verticalement pour empêcher l'érosion.

Transfert    -     Nous reprenons les voitures pour contourner le massif. Arrêt à Cogne, station touristique, our le ravitaillement, puis nous gagnons le hameau de Valnontey où un grand parking nous attend.

Chaleur    -     C'est à l'heure la plus chaude que nous décollons pour le refuge ; l'ombre du départ s'apprécie. Une belle forêt de mélèzes, une cascade, puis des alpages. Un bon sentier, encore une fois : il y a beaucoup de monde dans le secteur. Les pentes sont abimées par de nombreux raccourcis créés par les promeneurs ; des panneaux et des barrages dissuadent de les emprunter.

Alpages    -     900 mètres de dénivelé, encore une fois, et nous voici à Vittorio Sella. Pas de vue sur des glaciers proches, aujourd'hui, le paysage parait plus banal. Le vrai spectacle sera autre : marmottes au bord du torrent, chamois dans les blocs, se laissent voir dès le soir.

Bouquetins    -     L'aurore s'est levée sur les vallons herbeux, et le groupe progresse vers le Colle della Rossa. Ils sont là ! Sur les pentes au soleil, une vingtaine de bouquetins broutent sans trop se soucier des randonneurs. Ce secteur est leur base historique d'où ils se sont repeuplés. Les montagnards cornus se laissent photographier sans difficulté.

Col    -     Le sentier devient plus raide, traverse une cascade, puis passe dans une pente gravillonneuse. Nous y sommes, au col, sous la Pointe Rousse qui est l'objectif de la journée. Un temps de repos permet de compter les ambitions. En face de nous, le chemin parait à peine tracé, dans un pierrier impressionnant, haut, long et raide sans aucune rupture de pente. Sachant que la suite sera aussi difficile, une partie du groupe jette l'éponge, et préfèrera une petite visite dans une combe voisine pour voir des animaux.

Pierrier    -     J'emmène les volontaires sur le trajet prévu. Descente dans un pierrier raide mais très court, traversée de blocs au jugé, puis on retrouve le sentier au début du grand pierrier largement commenté. Comme souvent, c'est moins angoissant de près : étroit mais bien tracé, stable sous les pieds, il s'élève assez régulièrement. C'est vrai qu'en cas de chute, on aurait droit à 100 m dans la pente de cailloux ; mais bien chaussés et munis de bâtons, ça passe sans problème. Après cette traversée nous prenons pied sur une croupe herbeuse, puis cailloux, terre et blocs se mêlent.

Minéral    -     Un petit chamois nous ignore : il se sauverait facilement. Maintenant c'est plutôt trop de cairns que pas assez, avec des variantes inutiles qui font hésiter. Nous atteignons l'arête qui nous mènera au sommet.

Grivola    -     La petite soeur du Grand Paradis, tout en roc, se dresse devant nous. A nos pieds, le glacier éponyme. La trace - ce n'est plus un sentier - est facile à suivre. En aout il n'y a plus de neige. Nous montons vite, jusqu'à trois rognons successifs, plus délicats : dalles schisteuse dressées, il faut contourner la crête. A gauche, une falaise pourrie, donc la trace passe à droite, à 10 m sous l'arrête et 200 m au-dessus du glacier.

Climat    -     Depuis un moment le ciel s’est couvert. Je guette l’évolution et décide de redescendre si les nuages, présents à l’ouest de la montagne, basculent sur le côté est où nous sommes. Mais le temps se maintient.

Sommet    -     L’itinéraire devient de plus en plus exigeant, un vrai R3 ; on laisse les sacs et les bâtons. Le choix des passages entre plus d’escalade et plus de gravier est assez pifométrique. Mais d’un coup le tracé final se fait lisible, et en quelques minutes nous y sommes. Punta Rossa della Grivola, 3630 m, vue sur le Grand Paradis et la Grivola, mais aussi sur toute la chaine au Nord, du Mont Rose au Mont Blanc. Nous redescendons sans trainer, par le même chemin, avec plus de confiance mais aussi plus d’incertitude sur l’itinéraire qu’à la montée.

Détente    -     Le deuxième groupe a attendu en contrebas du col pour éviter le vent et profiter de l’herbe. Le retour au refuge se fait en mode détente, en terminant par une promenade au pays des marmottes près du torrent. Dans l’après-midi, ceux qui sont restés sur leur faim font un petit rab vers les lacs, dans le secteur des chamois, et en verront d’assez près. Les moutons sont montés en face du refuge, est-ce pour cela que les chamois n’y viendront pas en soirée ?

Retour    -     Le lendemain, dernier jour, il faut quitter la montagne. C’est samedi, un jour pour les familles et les groupes qui montent nombreux au refuge Vittorio Sella tandis que nous en redescendons tranquillement. Après avoir joué les touristes dans le joli village de Cogne, nous reprenons la route. Ultime pique-nique, au col du Petit Saint-Bernard, et nous voici en France.

Vous savez quoi ? On s'est bien fait plaisir.

 







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